06 avril 2011

Abeilles en ville

Article paru dans le journal Sud Ouest du lundi 4 avril 2011

Jacqueline et Roland Gastal ont « cocooné » les quatre ruches
qui vont être installées sur le toit du Conseil régional.
La première récolte de miel est prévue pour début juin.
Photo J. S.
Hier midi, des colonies représentant la bagatelle de 120 000 abeilles ont été implantées sur le toit du Conseil régional d'Aquitaine. Cette opération s'inscrit dans le cadre de la campagne nationale L'Abeille, sentinelle de l'environnement, initiée par l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf) et relayée par des entreprises ou des collectivités, à l'instar de la Région. Cette opération, qui se traduit par la signature d'une charte, poursuit un double objectif : soutenir le secteur de l'apiculture et tenter de sauvegarder cet unique insecte domestiqué par l'homme, avec le ver à soie.

Le facteur devient apiculteur
Les quatre ruches implantées au Conseil régional ont, ces dernières semaines, été confiées aux soins de Jacqueline et Roland Gastal. Ce couple d'apiculteurs professionnels depuis près de trente ans et installé sur la commune de Saint-Étienne-de-Fougères, dans le Villeneuvois, s'est spécialisé dans la production d'essaims. « On fait des starters, c'est-à-dire des greffages avec des larves de reines sélectionnées », explique Roland Gastal. Cet ancien postier est venu à l'apiculture par hasard. Il en a découvert les rudiments alors qu'il exerçait sa profession de facteur dans la région parisienne, à Clichy. « À côté, à Charenton, il y avait une école d'apiculture. On s'occupait de ruches disséminées sur des terrasses d'immeubles, sur le toit de la Maison de la radio, quai Branly ou encore à l'Opéra de Paris », se remémore-t-il.

À l'issue d'une année de formation, Roland Gastal décroche, le 28 juin 1969, son diplôme d'instruction apicole, comme en témoigne le document d'époque précieusement conservé depuis sous un cadre en verre.

Roland et son épouse Jacqueline ont transmis leur passion commune à leurs enfants, Sylvie et Philippe, qui sont devenus à leur tour apiculteurs dans la petite commune bordant le Lot. Un métier qui aujourd'hui est menacé. « Avant, une reine vivait cinq ans. Aujourd'hui, son espérance de vie atteint au maximum deux ans. On constate d'inquiétantes baisses de la fertilité et de la fécondation dans les ruches. Avant 1994 et l'arrivée du Gaucho (insecticide utilisé à l'époque pour le maïs et le tournesol), on récoltait en moyenne 50 kilos de miel par ruche. Il a ensuite fallu doubler le cheptel pour parvenir à faire le même tonnage. Aujourd'hui, les colonies sont bien plus faibles ! » déplore amèrement l'apiculteur.

Menacée d'extinction
À l'origine de cette situation, parfois dramatique, l'emploi des produits phytosanitaires par les agriculteurs. Résultat, on en arrive aujourd'hui à une situation pour le moins paradoxale. L'abeille, qui contribue à la pollinisation (reproduction) de 80 % des fruits et légumes que nous consommons, est aujourd'hui menacée d'extinction à travers nos campagnes. « Les semenciers et les arboriculteurs risquent à terme de manquer de ruches pour polliniser leurs champs et leurs vergers », estiment, visiblement inquiets, Jacqueline et Roland.

Ainsi, la production nationale de miel s'élevait annuellement à 33 000 tonnes en 1995. Elle n'était plus en 2006 que de 20 000 tonnes et on estime aujourd'hui que 1 500 apiculteurs disparaissent chaque année en France. Actuellement, en Lot-et-Garonne, ils sont 300. Mais pour combien de temps ?

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