06 août 2011

L’invasion du frelon asiatique, mangeur d’abeilles


Cette vidéo extraite d'un documentaire diffusé par la chaîne BBC montre la rapidité à laquelle un essaim de frelons peut décimer une ruche d'abeilles. Ames sensibles s'abstenir...

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La découverte de frelons asiatiques dans le Sud-Ouest remonte à 2004, à Tonneins (Lot-et-Garonne), chez un producteur de bonsaïs. Les insectes seraient arrivés avec des poteries chinoises importées dans le département et dans lesquelles des reines auraient hiberné. "On peut être quasiment certain qu'il s'agit d'une origine chinoise provenant d'une province autour de Shanghaï", précise Claire Villemant, entomologiste au Muséum national d'histoire naturelle et coordinatrice de travaux financés par le programme européen pour l'apiculture.

Le bilan des travaux publiés en juin par le Muséum montre l'expansion de l'insecte : trois nids recensés en 2004 dans un seul département; près de 2 000 en 2010 dans 39 départements. Et deux nids viennent d'être repérés pour la première fois en Espagne. "Chaque année, le front d'invasion s'élargit de 100 kilomètres, avec une forte présence en Aquitaine car les conditions climatiques de cette région sont aussi bonnes, voire meilleures, que dans sa zone d'origine en Chine", constate Quentin Rome, chargé d'études au Muséum. Selon l'étude, la plupart des pays d'Europe ont un risque non négligeable de voir ce frelon s'acclimater sur leur territoire, en particulier le long des côtes atlantique et du nord de la Méditerranée. L'Europe de l'Est et la Turquie pourraient être aussi envahies.

En dépit de ce tableau, le frelon asiatique n'est pas encore classé parmi les espèces nuisibles. Car s'il fait des dégâts chez les apiculteurs amateurs, les professionnels, qui réalisent 60 % de la production nationale, sont encore relativement épargnés : "Même si nous constatons un impact récent du frelon sur les miellées tardives de septembre-octobre, les conséquences de sa prédation sont faibles et, de toute façon, moins dommageables sur un rucher de 100 unités que sur celui d'un amateur qui en compte généralement une dizaine", explique Thomas Mollet, président de l'Association de développement de l'apiculture en Aquitaine.

Il n'existe pas encore d'étude économique sur l'impact de ces "goinfres" sur la production de miel et les cheptels d'abeilles. Mais les choses bougent. Le ministère de l'agriculture a saisi, en septembre 2010, l'Institut technique de l'apiculture et de la pollinisation afin qu'il travaille sur le sujet.

AUCUNE TECHNIQUE DE PIÉGEAGE FIABLE

Reste la question des piqûres. Rien d'alarmant visiblement en termes de santé publique. Certes, une quinquagénaire est morte en juin dans le Médoc, suite à des piqûres de frelons asiatiques et plusieurs personnes, dont des pompiers, se font régulièrement surprendre par l'insecte. Mais rien d'alarmant. Les hôpitaux d'Agen, de Bergerac ou de Bordeaux, parmi les zones les plus envahies, n'ont pas constaté d'augmentation de cas. "Le “Vespa velutina” n'est pas agressif, surtout s'il est seul, mais il peut être potentiellement dangereux et attaquer avec ses congénères s'il se sent en danger", précise Denis Thiery, directeur de recherche d'une unité mixte de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Bordeaux. Depuis 2007, son département travaille sur l'éthologie et les techniques de piégeage de l'insecte.

A ce jour, aucune technique fiable et sélective à 100 % n'a été trouvée. Les apiculteurs utilisent de manière très artisanale un mélange à base d'alcool et de solution sucrée, qui attire, certes, les frelons asiatiques mais aussi d'autres insectes. Une solution que les chercheurs regrettent, surtout quand ces pièges sont placés au printemps, dès le mois de mars, dans l'espoir d'attraper des fondatrices pour diminuer le nombre de nids à venir. "Quand on piège n'importe où, on tue en même temps la faune auxiliaire, des milliers d'insectes sans rapport avec le frelon", proteste Mme Villemant. Même si on attrape une centaine de frelons, c'est dérisoire. En revanche, piéger en août à côté des ruchers permet de diminuer la pression sur les abeilles." Ce raisonnement fait fulminer Richard Legrand, spécialiste du frelon à pattes jaunes à l'Union nationale des apiculteurs français : "Si le piégeage est fait de manière régulière, avec un emplacement, un appât et une période bien choisie, comme celle du retour des hirondelles, alors c'est efficace sans trop de casse sur la faune auxiliaire." "De toute façon, il faut être lucide, tranche Claire Villemant : cette espèce fait désormais partie de la faune française. Il va falloir apprendre à vivre avec." [...]

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